Michel Reinhard est né le 15 septembre 1937 à Genève. A sa naissance, la famille habite à la rue Dassier 5, à Genève. Les parents de Michel s’appellent Maurice et Emilie (née Lizon au Cire), ils sont d’origine neuchâteloise. Maurice, né le 3 mai 1904 à La Chaux-de-Fonds, est entrepreneur. Il possède une fabrique de bracelets de montre et compte notamment Omega comme client. Sa femme l’épaule dans son travail. Michel vit une enfance sans problème.

 

Mais alors qu’arrive le succès professionnel de ses parents, son père quitte sa mère pour une autre femme et ils divorcent. Son père se remarie le 19 décembre 1952 avec Madelaine Evard. Michel, adolescent, vit mal le divorce de ses parents. Cet événement laissera une blessure ouverte et aura une forte influence sur le reste de sa vie.

 

Il développe par la suite une relation conflictuelle avec sa mère. Elle vient d'un milieu modeste, or Michel renie ces origines. Quant à son père, il cherchera toujours à se faire pardonner, en étant très généreux avec son fils et en le soutenant financièrement.

 

En 1953, alors qu’il a 16 ans, Michel suit les cours de l'école des Beaux-Arts à Genève. Il se fera renvoyer 3 ans plus tard, en 1956. Un exercice de nature morte imposé aux étudiants provoque un scandale dans l’école. D’esprit contestataire et libre, Michel prend des fruits, les découpe au hachoir, en fait un tas et le peint. Après qu’il ait rendu son travail, le directeur le convoque et le renvoie. Il fait ensuite un stage aux Arts-Décoratifs, toujours à Genève, dans l’atelier de céramique.

 

A l'école des Beaux-Arts, il fait la connaissance d'Adalbert Vincent, également artiste genevois. Plus tard, ils partent ensemble quelques temps en Allemagne, à Munich, puis à Karlsruhe, pour y tenter leur chance comme artistes. De février à juin 1957, ils se côtoient encore durant leur école de recrue à Genève.

 

Ils partent ensuite à Paris afin d'y suivre les cours de l'Ecole Nationale des Beaux-Arts et d’y étudier dans l’atelier de lithographie. Ils y retrouvent le peintre Robert Nicoïdski. Ils apprennent de multiples techniques, dont la lithographie et l’eau forte.

 

Michel Reinhard débute comme artiste indépendant vers 1961, à l’âge de 24-25 ans. Son père, propriétaire de bijouteries dans les rues basses à Genève, lui commande des sculptures en argent et des bijoux pour une de ses boutiques, lui apportant ainsi un soutient financier. La première exposition recensée de Michel Reinhard a lieu en 1963 à la galerie Badan. 

 

Le 2 octobre 1967, à l’âge de 30 ans, Michel épouse Brigitte Blanc, originaire de Lausanne et de dix ans sa cadette. Leur domicile au moment du mariage est au boulevard Hélvétique 14 à Genève. La relation est houleuse, ils divorcent peu de temps après.

 

Durant cette période, il rencontre Richard Reimann, également artiste genevois. Tous deux sont disciples de Yasuho Deshimaru, maître bouddhiste zen japonais de l'école Sōtō, qui est le fondateur et le principal inspirateur d'une multitude de dojos et de groupes zen en Occident et plus particulièrement en Europe. Ils développent un goût pour la nourriture macrobiotique. Michel prend des cours de calligraphie, un art qui marque une influence très forte dans son oeuvre.

 

Le peintre réalise à cette période des dessins et aquarelles de style calligraphique à l’encre de Chine, qui exigent spontanéité et rapidité d’exécution. Beaucoup de ses tableaux ont des titres faisant référence au bouddhisme, comme « For Tenryu-Ji », un temple bouddhiste zen japonais. Et beaucoup de référence au Japon, comme « Dedicated to Bonseki » ou « Dedicated to Gagaku ».

 

Michel Reinhard adopte la robe bouddhiste pendant trois ans et prend le nom de Dojun. Il se lie d’amitié avec Walter Reimann, frère de Richard, photographe et adepte, comme lui, de bouddhisme. On peut alors le croiser en ville, crane rasé, habillé en moine, tout en fumant un gros cigare. Il sort au restaurant, y retrouve des amis, et les étonne quand il ne commande qu'un bol de riz blanc et un thé vert. Plus tard, Walter se détache du bouddhisme et met Michel face à certaines contradictions.

 

Amateur de jazz, il va souvent au festival de jazz de Montreux. Aux concerts, il dessine les musiciens sur des nappes en papier. Il est d'ailleurs musicien lui-même, il joue de la clarinette et un peu de tambour. Certains titres de tableaux font référence au Jazz comme « Reflections about John Coltrane » ou « Blue in Green » titre d’un célèbre morceau de Miles Davis. Sa peinture reflète d’ailleurs l’esprit d’improvisation et de liberté qui se dégage de cette musique qu’il affectionne tout particulièrement.

 

En 1972 et 1973, il participe à deux expositions collectives d'artistes Genevois et Suisses au Musée Rath à Genève:

  • « Artistes de Genève » du 17 novembre au 29 décembre 1972,  où il expose deux tableaux, « Midi de brume » et « Le zen et le thé ont le même goût »

  • « La Blessure » avec la Société des peintres, sculpteurs et architectes suisses du 8 au 28 janvier 1973 ; il expose un tableau intitulé « Blessure en la matrice du printemps ».

 

En 1974 démarre un cercle vicieux et fatal. Reinhard déclare qu’il arrête définitivement de peindre, détruit beaucoup de ses œuvres et vend son fond d’atelier pour co-financer la création d’un monastère bouddhiste à Moulin de Soeuvres, près de Vézelay en France. En arrêtant de peindre, il se coupe du seul exutoire à ses tourments existentiels.

 

Vers la fin de l'année 1975, il est excommunié, abandonne sa robe de moine et remet ses habits civils. Barbe hirsute et cheveux drus, il change complètement d'apparence et devient presque méconnaissable. A cette époque, il habite rue Guye 4 à Genève.

 

Reinhard se suicide le 6 janvier 1976, à l’âge de 38 ans. Une courte vie mais combien riche en créativité et exploration d’expressions artistiques différentes. Tout au long de sa vie, Michel Reinhard déploie une personnalité complexe. Ses amis le décrivent comme une personne laconique, ne répondant que peu aux questions, mais avec un regard perçant. Il est dans une recherche existentielle permanente, cherchant certainement des réponses dans le bouddhisme. Sa vie est emprunte de grands tourments, la peinture semble être son seul refuge.

La vie de Michel Reinhard

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